Démobilisé

Le Controleur

Aprés avoir quité Toulon et nous Collioure la famille s'est réfugiée à Saint Quay Portrieux en attendant des jours meilleurs mon Père recevait des offres de travail ...
Et comme Papa, tout en étant marin, a toujours eu l'esprit de la terre, il avait eu un autre papier qui dépendait des Eaux et Forêts. Et ça lui a plu. 
en Loire-Atlantique, exactement à SaintJulien-de-Vouvantes qui est le chef-lieu à côté de la ChapelleGlain. Aussitôt dit, aussitôt fait, un jour il part. Ah mais ça c'était différent. Il me dit, quand il est revenu :
– Plus d'hésitations ! Là-bas tu vois les canards et les oies qui traversent la rue. Là-bas il y a de quoi bouffer !

Sur son livret de solde on note :Provient du 5 ièm dépot ,Toulon,le 1 Avril 1943 étant en permission depuis le 1 Décembre 1942 ,CA du 1 Mars .Bénéficie jusqu'ici du nouvel ordre de L'art 4 de la loi "" du 19 Janvier 1943.Agent de maitrise des Eaux et Forêt du 1 èr Juin Prend 3/4 de solde du 1 er Juin .
On lit également Agent de maitrise des Eaux et Forêts à Nantes le 1 Juin 1943 au traitement mensuel de 1816 Fr en provenance de l'exercice 1943 le 1 er Janvier étant en CA du 1 Mars 1943
C'est ainsi que nous avons migré vers un petit village de Loire Atlantique du nom de La Chapelle Glain .
Nous avons passé là la fin de la guerre ou j'ai vu fuire les Allemands et arriver les Américains
Nous étions voisins de Marie-Louise et de Joseph Masson, que nous ne connaissions pas. Quand au bout de quelques jours que nous étions installés, madame Pellé me dit :
– Vous savez, vous avez des voisins à côté... c'est une charcuterie mais... vous savez qu'on ne tue pas... ils sont obligés de fournir un certain contingent de bêtes... donc ils font un peu d'abattage clandestin et ils ravitaillent la population. Mais tout cela ce n'est pas vu. Si vous allez dans le magasin, vous ne verrez rien.
Joseph et Marie-Louise ont eu trois enfants dont Mariannick que j'ai retrouvé en 2015 qui m'a appris que mon ancien maitre d'école Armand Ploquin était  toujours vivant mais trés agé.
Trés bons souvenirs de ce charcutier ainsi que de la boulangerie dans l'arrière cours ou je passais mon temps à déguster les gateaux et les fonds de plat .
Et puis est arrivé le jour de la Libération. Avant la Libération, il y a eu forcément la débâcle. Alors là, comme nous étions sur un axe quand même Rennes-Chateaubriand-Angers – si vous voulez – les allemands fuyaient. Les premiers – c'était la grande débandade – alors là, nous en avons vu passer. Bien sûrs les premiers triomphants dans des camions – ça se sauvait, très vite – remplis de soldats, de femmes aussi. Enfin tout cela fuyait, fuyait. Et puis petit à petit, on voyait de moins en moins de transport automobile. Après on a vu les soldats à pied. Je me rappelle en avoir vu un en face de chez nous, jeter son fusil et s'en aller traînant la jambe. C'était vraiment la déroute. La vraie déroute.
Les américains ont suivi d'ailleurs, de près. Ils sont arrivés quelques jours après. Évidemment, l'armée organisée. C'était un changement complet. 
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